Le président George W. Bush est un ex alcoolique grossier, obsédé par Saddam Hussein et par sa relation avec son père. C'est ainsi que le personnage serait dépeint dans le scénario écrit par Oliver Stone pour son film
W.
Cette description est-elle authentique ? Alors qu'Oliver Stone se prépare à lancer la production le 21 avril, le site
Hollywood Reporter a envoyé des copies du scénario à quatre des biographes de Bush (
Peter Schweizer,
Robert Draper,
Jacob Weisberg,
Skip Hollandsworth) afin d'avoir leurs avis sur la question.
Le scénario qui circule (distribué par une personne proche de la production du film) date du 17 octobre 2007 et il semblerait qu'il ait été remanié à deux reprises depuis.
On juge toujours un film en partie sur la qualité du scénario mais là, étant donné que le scénario fait le portrait d'un président en place, celui-ci devient un véritable centre d'intérêt et son authenticité fait l'objet d'un débat. De plus, depuis toujours, dès qu'Oliver Stone touche à un sujet historique, le projet devient controverse.
Les réactions des biographes face au scénario sont variées. De nombreuses scènes seraint vraiment représentatives d'événements réels mais le scénario comporterait également des traits très caricaturaux de Bush et de ses proches. Le scénario donnerait en effet l'impression que la Maison Blanche est gérée comme une maison de fraternité (les fameux rassemblement d'étudiants dans les universités américaines) où il n'y a aucun respect pour la hiérarchie. C'est ce qu'en pense
Robert Draper, auteur de
Dead Certain: The Presidency of George Bush. Dans la Maison Blanche décrite par Oliver Stone, tout le monde s'appelle par un surnom, et le sujet de prédilection est le pari sur les matchs de foot.
De son côté,
Jacob Weisberg (
The Bush Tragedy) a toujours été sceptique quant au fait qu'Oliver Stone veuille sincèrement peindre un portrait authentique et juste. Pour lui quand Stone déclare qu'il va être juste envers Bush, c'est comme si Donald Trump déclarait qu'il allait être modeste.
Dans le scénario, les décisions de Bush sont souvent manipulées par son staff, et les biographes s'accordent à dire que cet élément serait incorrect. En fait, Bush est décrit comme quelqu'un de passif et le scénario semble dire que c'est en réalité
Dick Cheney,
Donald Rumsfeld et
Karl Rove qui dirigent réellement les opérations.
Toujours selon
Robert Draper, les critiques les plus véhéments de Bush se seraient persuadées qu'il n'est qu'observateur de sa propre présidence et que son emploi du temps est en réalité régi par les programmes de la chaîne ESPN !
Les biographes sont partagés concernant la véracité de deux scènes : dans l'une Bush manque de crasher un avion qu'il pilote en état d'ébriété ; dans l'autre, il dit à sa femme Laura qu'il aurait souhaité que son père ne soit jamais élu président.
Peter Schweizer (
The Bushes: Portrait of a Dynasty), quant à lui, donne crédit à un aspect du scénario selon lequel
George W. Bush et
Dick Cheney seraient en constante concurrence. Cependant, il déclare qu'Oliver Stone a encore du travail s'il souhaite vraiment peindre un portait fidèle.
Les quatre biographes sont tous d'accord sur l'authenticité d'une scène au cours de laquelle le jeune
George W. Bush, ivre, défie son père en lui proposant un combat de boxe à mains nues.
Oliver Stone n'a pas souhaité commenter ce rapport des biographes. Son co-scénariste, Stanley Weiser, qui avait déjà signé le script de Wall Street, a déclaré qu'il n'avait relaté que des faits lus dans 17 ouvrages différents sur Bush.
Quoi qu'il en soit, la controverse ne peut que servir le film comme ce fut le cas pour la plupart des longs métrages de Stone.
Oliver Stone s'est intéressé à d'autres présidents avant : à John Fiztgerald Kennedy dans JFK en 1991 et à Richard Nixon, dans Nixon en 1995.
Ces films ont rapporté 70.4 millions et 13.7 millions de dollars aux Etats-Unis et quelque soit leur véracité, ce sont des oeuvres passionnantes.
Le film W fera des bonds entre passé et présent, s'intéressant à Bush depuis ses 20 ans jusqu'à ses présidences...
Pour Bill Block, celui qui finance le projet, l'authenticité des faits est éminemment importante pour les réalisateurs et pour un projet tel que celui-là. La vérité est extrêmement fondamentale. De plus, il considère qu'Oliver Stone est implaccable quand à la véracité des faits...