



La mise en scène, c’est comme la bicyclette, ça ne s’oublie pas. Si Erick Zonca, disparu comme un petit voleur, n’avait pas touché une caméra depuis presque dix ans, sa maestria reste pourtant intacte. Ce mec sait tout filmer. Une ambiance glauque de night-club paumé avec une pouffe titubante entourée de libidineux – qui constitue par ailleurs une ouverture idéale. Une poursuite nocturne entre un supercopter et une bagnole en panique à la frontière mexicaine. Un immeuble en ruine de Tijuana où des ravisseurs à gros calibre ont fixé leur QG. Sous perfusion John Cassavetes, Zonca sait aussi et surtout s’approcher des failles des femmes. Et en particulier de Julia, quadra vodkaisée, grande gueule persuadée que le sort s’acharne sur elle alors que c’est elle seule qui s’enfonce dans la mouise. Julia, donc, qui dans un acte de désespoir kidnappe un mouflet qu’elle enfermera dans le coffre de sa bagnole et qu’elle attachera à la baignoire d’un motel pourri. La cavale commence. Cruelle. Scotchante. Haletante. Avec des échanges de rançons dans une gare admirablement chorégraphiés. Jamais le cinéaste ne tente d’adoucir sa Julia, par ailleurs campée par une Tilda Swinton au-delà des superlatifs. Sur 2h20, son road-movie ne faiblit pas, trouvant même un second souffle dans sa partie mexicaine. Espérons maintenant que l’auteur de La vie rêvée des anges n’attende pas dix ans avant de nous asséner une aussi belle claque.
Laurent Djian
